De quelle nature était ce projet architectural ?
Le projet de monument aux morts des frères Martel, sculpteurs vendéens bien connus dans le département et au-delà, représentait une lanterne pour honorer la mémoire des 18 000 Vendéens morts durant la Première Guerre mondiale. Ce projet audacieux est présenté au salon Yonnais en 1934. Il s'agit d'une colonne rectangulaire surmontée d'une croix portant un glaive avec la pointe en bas. Le monument doit mesurer 20 m de haut et comporter une crypte à sa base.
La matière retenue est le ciment armé et son implantation est prévue près du 3ème moulin, au mont des Alouettes. Conçu par l'architecte Louis Esgonnière du Thibeuf, le projet répond à l'initiative lancée en mars 1933 par l'Union des officiers de la Vendée, avec le soutien des Anciens combattants. Finalement, il s'agit plus d'un mémorial que d'un monument aux morts.
Pourquoi ce projet ne s'est-il pas concrétisé ?
Les Martel ont signé une trentaine de monuments aux morts, funéraires ou commémoratifs en Vendée, mais celui-ci va rencontrer des obstacles.
Jean Martel estime que le projet va coûter 150 000 francs. Il comportera un escalier avec un phare et une table d'orientation au sommet. Pour réduire le coût, les frères artistes proposent des bas-reliefs plutôt que des sculptures. Mais un problème administratif ralentit le projet car le site du mont des Alouettes est déjà classé depuis un an. La Commission des sites fait part de ses réserves en juin 1934 car le projet modifierait profondément les lieux.
Un an plus tard, nouvelle réunion et nouveau refus. La hauteur est trop importante et le matériau retenu est incompatible avec le granit local de la chapelle et du calvaire. En 1937, le plan est revu mais le projet reçoit une fin de non-recevoir en 1938 pour des raisons à la fois administrative, historique et esthétique.
Les frères Martel ont-ils abandonné ?
Pas immédiatement. Ils avaient dépensé de l'argent et du temps dans ce projet. Le début de la Seconde Guerre mondiale va définitivement enterrer leur ambitieuse idée. Les frères marqueront cependant leur empreinte sur le site avec un médaillon en hommage à Jean Yole, sur le deuxième moulin en 1956.
Samedi 15 novembre 2025, à 16 h, conférence salle de l'Étenduère, entrée libre. Avec Florence Regourd, autrice du livre Les frères Martel en Vendée, des sculpteurs en mouvement, Editions La Geste.
Contact : heritage.paysdesherbiers@gmail.com
Un grand escalier aboutissant, entre deux murs. à trois cubes, sur un desquels les Martel taillent, sur la mer, une barque dont les marins saluent le Latham qui passe dans le ciel.
Emmanuel de Thubert, la Construction Moderne 1er mars 1931.
Le livre " Le Latham 47 ne répond plus ", écrit par un membre de la famille du pilote, évoque la tragédie de la disparition de cet hydravion.
Le lundi 18 juin 1928, à Tromsø, la météo est douteuse, couverture nuageuse basse et vents violents. René Guilbaud, lieutenant de vaisseau de la marine française et pilote émérite, âgé de 37 ans, décolle aux commandes d'un Latham 47. Cet hydravion, ultramoderne à l'époque, est encore en cours d'essais pour préparer un record de la traversée transatlantique Est-Ouest.
Dessin des Martel d'un projet, peut-être en collaboration avec Robert Mallet-Stevens, pour un monument relatant la disparition tragique de l'équipage du Latham 47
Le titre du livre trahit le dénouement. Le Latham 47 ne reviendra pas de sa mission. Il sera perdu « corps et biens », avec à son bord tout l'équipage, le pilote René Guilbaud, ses deux copilotes, Leif Dietrichson et Albert Cavelier de Cuverville, le mécanicien Gilbert Brazy, le radio Emile Valette et l'explorateur Roald Amundsen, 56 ans. Ce lundi 18 juin 1928, à 18 h 45, l'appareil aura lancé son dernier message : « De Latham 47 : ne quittez pas l'écoute. Communication prochaine. » Mais rien ne suivra. Juste le silence, l'absence et les questions.
L’hydravion n’était pas parti pour établir un record mais pour une mission de sauvetage. Il cherchait à atteindre l’explorateur italien Umberto Nobile et son équipe, échoués sur la banquise après le crash de leur dirigeable. Nobile sera finalement sauvé et vivra le reste de sa vie poursuivi par l’accusation d’avoir provoqué la mort du plus grand explorateur norvégien de tous les temps et des cinq autres membres de l’équipage du Latham 47.
Cliché de Marc Vaulx paru dans la Construction Moderne, du 1er mars 1931, page 351, représentant la maquette du projet du monument au Latham 47.
Hervé Guilbaud, ancien journaliste à l’Agence France-Presse, est un lointain cousin du pilote René Guilbaud. Il raconte en détail ce sauvetage raté, et les dessous géopolitiques de ces aventures de passionnés, la rivalité entre ces explorateurs aux egos surdimensionnés, entre Nobile, venu d’une Italie fasciste, et Amundsen, le Norvégien gonflé d’orgueil. Il décrit aussi avec bonheur et une minutie technique impressionnante cette période incroyable d’innovations, la conception des premiers dirigeables, celle des hydravions.
Symbole d'audace : « Autant par la hardiesse de sa construction technique que par les lignes de son architecture, par sa légèreté et par sa puissance, ce monument traduisait l'élan magnifique du « Point d'interrogation » au-dessus de l'Atlantique, et l'audace de Costes et Bellonte ».
Variante du projet pour le monument de Saint Valéry-en-Caux
Suite au décès de Jan Martel, cette sculpture monumentale restera à l'état de projet.
La Résidence du Beffroi à Lille, voir ici, composée de deux bâtiments, sera édifiée entre 1962 et 1965. Le plan de cette opération s'inspire de celui de la place Saint-Marc de Venise. Ce sont d'autres sculptures qui se reflètent désormais dans les bassins.






















