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Les frères Martel, jumeaux et célèbres sculpteurs

Un article de Philippe Gilbert publié dans Ouest-France le 30 décembre 2015, modifié le 1er janvier 2016.

Maraîchins remarquables. Nés en 1896, Jan et Joël Martel furent de grands sculpteurs, dont la maman était native de Bois-de-Céné. La gémellité les confondra jusque dans la mort, en 1966.



Au bout d'une allée aux essences multiples, la résidence du Mollin, sur la route de Challans à Bois-de-Céné, est un parc romantique, bordé d'un étang de roseaux et d'un menhir surmonté d'une croix celtique, naguère limite entre les communes de Sallertaine et La Garnache. Sur le gazon, quelques reproductions de leur œuvre, Trinité, Mélusine, La femme à la draperie... Elles offrent leurs lignes à la fois hiératiques et dynamiques, la « patte » des Martel.



Quant à la maison, qu'ils ont dessinée, elle offre cette même lumineuse simplicité, avec ses tuiles rouges et ses volets bleus. Sur un des murs, repose un extrait de bas-relief, évocation de l'œuvre de Debussy, qu'ils admiraient, car Joël et Jan étaient aussi musiciens et chorégraphes.

Florence, l'héritière protectrice

Dans cette propriété touchée par la grâce comme dans un film de Cocteau, l'âme des Martel survit. « Ils semblent en être partis hier pour revenir demain », s'amuse Florence Langer, la fille de Jan, la seule héritière qui ait pris soin de préserver l'œuvre, avec son fils Jean-Christophe Moncys. « Ils sont nés à Nantes, mais ils disaient souvent qu'ils avaient vu le jour au Mollin ».

Léon, leur père, était biscuitier à Nantes, mais leur mère, Rachel Boucher, était une enfant de Bois-de-Céné.

Et le Mollin fut leur villégiature même au plus fort de leur gloire, entre les deux guerres, lorsque la puissance créatrice des deux frères se façonnait autour de la modernité et de la tradition, deux lignes antinomiques qu'ils rendaient complémentaires.

Mais ils perdront leur mère au sortir de l'enfance. Leur père ne contrariera pas leur gémellité. D'ailleurs, les deux frangins en joueront, notamment pour faire des blagues, mais surtout pour sculpter. Ils signent « J. J. Martel », mais on ne sait pas qui commence et qui finit l'œuvre. 
Leur cas est quasiment unique dans le geste de la création. Et leur style inclassable. Sont-ils classiques ? Cubistes ? Art-déco ? Synthétisent-ils ou simplifient-ils ?...

Ces frères siamois furent avant tout des piliers de l'avant-gardiste Uam, l'Union des artistes modernes, créée en 1929 par Robert Mallet-Stevens. La rencontre des Martel avec cet architecte novateur fut déterminante. Ensemble, ils travaillèrent sur des bars, des magasins et même des dépliants publicitaires pour des bouchons de radiateurs d'automobiles !

Ce qui fit grand bruit. Et scandale quand Mallet-Stevens les fit travailler sur des arbres cubistes en béton armé, aujourd'hui visibles dans les jardins de la mairie de Boulogne-Billancourt. Le monument Debussy, boulevard Lannes, dans le XVIe, à Paris, fit aussi l'objet d'une polémique.

En 1935, ils décorent la chapelle du paquebot Normandie. Et toute leur vie, ils laissèrent leur empreinte en France et en Vendée, Challans, La Roche-sur-Yon, Les Clouzeaux, Saint-Hilaire-le-Vouhis, Mouchamps, le Mont des Alouettes, Olonne, Saint-Jean-de-Monts... 

Familiers de la paysannerie, ils furent aussi inquiets, dès les années trente, de la disparition des traditions et créèrent un groupe folklorique. 



La gémellité va les poursuivre jusque dans la mort, puisqu'en 1966, Jan disparaît dans un accident de voiture. Et Joël est emporté par la maladie la même année.

Tous deux reposent dans le cimetière de Bois-de-Céné. Et l'ancienne mairie de Challans est devenue l'Espace Martel, abritant l'office de tourisme.